Toute soif est une soif d'amour

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Sur la vraie nature de nos besoins

Chère C,

Je sais que cela te fait toujours plaisir de recevoir un petit mot de ma part.

Ce que je vais te dire, j'en ignore encore la teneur. Mais tu devines sans doute le sujet dont je vais t'entretenir. C'est que ce domaine est le seul dont on peut toujours parler même lorsqu'on n'a rien à dire. Et l'expérience qu'on en retire est toujours belle aussi bien pour l'expéditeur que pour le destinataire.

Les mots que je vais écrire, tu les as déjà entendus – maintes fois. Mais comprend-on vraiment totalement ce qu'on entend ? Notre niveau de compréhension est celui de la profondeur qu'on a atteinte à l'intérieur de nous.

C'est la raison pour laquelle nous avons besoin de creuser au fond de nous, pour y faire une place sans cesse plus grande qui puisse absorber encore davantage de ce message unique et invariable que la Vie nous délivre sans cesse : soyez heureux !

« Tout est nourriture » disent les Upanishads. Aujourd'hui je pensais que la gourmandise était un comportement naturel et légitime, mais qu'on se trompait d'objet.

Notre faim et notre soif sont permanentes, et nous avons besoin de les satisfaire en permanence. Seulement, nous avons recours presque tout le temps à une nourriture extérieure. Elle peut être destinée aussi bien à notre estomac qu'à notre intellect, ou consister en impressions visuelles ou auditives.

Nous avons besoin de réaccoutumer notre goût à cette nourriture « céleste » disponible en abondance sur terre, à l'intérieur de nous.

Avec cette nourriture, bien que notre faim soit satisfaite, nous pouvons continuer à manger autant que nous voulons sans avoir une indigestion. Avec toutes les autres qui nous sont fournies à l'extérieur, notre capacité d'absorption a des limites, et notre satisfaction est provisoire et ne touche jamais le fond de notre être.

Sais-tu que dans la Rome antique, les Romains nantis et oisifs qui passaient leur temps dans les divertissements et les repas interminables, étaient obligés de vomir leur nourriture pour pouvoir continuer à manger ?

Il est important pour nous de rester conscients de notre besoin fondamental, car nous sommes souvent victimes d'un malentendu.

Si à chaque fois que nous ressentons un manque, au lieu de penser que c'est un besoin de tel ou tel objet extérieur, nous réalisons qu'il ne peut être comblé que de l'intérieur ; et si nous pouvons apprendre à aimer ce sentiment de manque et à faire preuve de patience pour que ce vide se remplisse de ce qui l'a créé, nous pourrons connaître la vraie satisfaction.

Lorsque l'Amour, qui est le fondement de notre être, cherche à occuper une place plus grande en nous, il commence par creuser. Et si on s'empresse de combler avec des succédanés le vide qu'il crée avant qu'il le remplisse lui-même, on rate une précieuse opportunité, celle de découvrir la vraie nature de notre besoin et le seul moyen qui peut le satisfaire.

Tous nos besoins sont – à la base – un besoin d'amour mal interprété, incompris, détourné par notre imagination qui nous le présente sous une multitude de formes et d'apparences. C'est la raison pour laquelle on ne parvient jamais à les satisfaire, parce qu'on se méprend sur leur vraie nature.

Enfin, rappelle-toi que les difficultés que tu rencontres en toi et autour de toi font partie du chemin que tu as choisi d'emprunter.

Il n'y a pas d'entreprise plus stimulante que la conquête de la liberté... intérieure. Le seul effort qui t'est demandé, c'est d'être consciente de ce qui se passe en toi, en étant dans la mesure du possible présente et vigilante. Le Temps et le processus de maturation font le reste. Et cela, même si mûrir passe parfois par le fait de mourir à soi, ou plus exactement à ses illusions.