Salut J,
J'ai mis du temps à accuser réception de ton dernier mail, mais je t'avoue qu'à chaque fois que je te lis, je trouve dans ce que tu dis toute la connaissance nécessaire et une grande lucidité, alors je ne sais plus quoi dire.
En lisant ce que tu partages avec moi de ton vécu actuel, je vois en toi, comme en nous tous, des choses et leur contraire.
C'est que nous sommes tous morcelés, ou plutôt une mosaïque complète, si tu préfères.
Rappelle-toi que tu n'es pas obligée, pour te sentir en paix, d'attendre que les choses changent à l'extérieur.
Telles qu'elles sont actuellement, oui telles qu'elles sont, elles admettent de ta part au moins deux lectures, deux interprétations, deux perceptions.
Pour résumer, on peut y voir ou bien une calamité, ou bien une opportunité. Le même caractère chinois ou sinogramme qui signifie crise, signifie aussi opportunité.
Il est préférable de voir que toute situation comporte une opportunité, plutôt que de rester prisonnier de notre conception nécessairement subjective de la perfection, et de chercher à tout prix à faire prévaloir ce qui doit être sur ce qui est.
Lorsqu'on s'affranchit de la dictature qu'exercent parfois sur nous les notions de bien et de mal, de vrai et de faux, non seulement on devient imperméable aux réflexions des autres, mais on ne les entend plus car ils ne sont la plupart du temps que des réflexions (dans le sens de reflets) de la discussion, voire du conflit qui a lieu en nous. Les autres se font souvent l'écho des jugements que nous portons sur nous-mêmes en silence ?
Quel que soit le jugement que nous portons sur les situations et les choses, on peut dire que d'une certaine manière tout est parfait tel qu'il est à un moment donné. Oui, tout est une phase de l'évolution, et toutes les phases de l'évolution sont nécessaires et indispensables à celle-ci.
Un ciel est-il moins parfait lorsqu'il est traversé par des nuages que lorsqu'il est bleu ?
Il est indispensable d'embrasser tout ce qui nous constitue, toutes nos contradictions, et de ne pas craindre de revendiquer haut et fort le droit de nous contredire.
On est ce qu'on est. On est un microcosme. L'Univers en miniature, qui contient tout.
Alors J, accepte d'être tout. Ne te « réduis » pas à une personne « bien ».
Écoute cette parole de Carl Jung : « I would rather be whole than holy » (je préfère être entier que saint).
Sois entière, on n'a que faire d'être des saints. Mieux vaut être sains plutôt que saints, non ?
Enfin, tu dis être un peu gênée de parler tout le temps de toi, et moins de moi. Ne t'en fais pas, car comme a répondu Victor Hugo, le chef de file des poètes romantiques à qui on a reproché de trop parler du « moi haïssable » : « Oh, insensé celui qui croit que moi, je ne suis pas toi ! »
À bientôt
Nassar