Entre avoir raison et être heureuse

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La croyance qu'on prend pour un destin

Salut E.,

Lorsque j'ai appris que le père de ton enfant a refusé de le reconnaître, et que néanmoins tu as décidé de le garder, je me suis souvenu d'une chose que tu m'avais dite un jour, à savoir que ce que tu désirais vraiment, c'est de rencontrer un homme qui te donnerait des enfants et qui te permettrait de vivre dans la nature avec eux et qui viendrait te voir pendant le week-end.
Si on est au courant du fonctionnement de la loi de l'attraction, et du pouvoir des désirs, des pensées — parfois inconscientes — et des paroles qui les expriment, on n'est pas étonné de ce qui arrive dans notre vie...

N.

E. →

Quelle bonne mémoire Nassar ! Je ne me souviens pas moi-même de ces propos qui ne me surprennent pas toutefois outre mesure.
La seule chose concernant ce « demi-souhait » est que ce n'est pas un vrai choix mais plutôt la croyance qu'il ne peut pas m'être donné d'être pleinement comblée à la fois par la compagnie d'un homme aimant et respectueux, la venue d'enfants et une vie saine et sereine dans la nature.
Alors j'ai tendance à sectionner les choses et me dire que j'ai déjà de la chance d'avoir une partie de mes souhaits profonds comblés. Et voici effectivement ce que j'ai attiré dans ma vie.
Je suis comblée d'être maman, que cette partie de ma vie de femme puisse s'épanouir et mon fils est un petit être que j'aime profondément.
Aujourd'hui, jour de mon anniversaire, se fait bien sûr sentir la tristesse de ne pas être accompagnée d'un homme aimant dans ma vie, mais c'est mon chemin, ma vie.
L'ombre qui subsiste surtout est vis-à-vis de mon fils que j'ai choisi d'accueillir sans la présence de son papa et je culpabilise de ce manque pour lui.
Alors bien sûr je sais que son âme a son histoire et que notre rencontre n'est pas le fruit du hasard, et que des hommes peuvent prendre place dans sa vie pour se construire et être en lien avec du masculin.
Mais je ne suis pas sereine de ne pas lui avoir offert les meilleures conditions d'accueil.
Et toi ? Comment vas-tu ?
J'espère que la prochaine fois que tu viendras en visite, nous nous rencontrerons.
Amicalement,

E.

N. →

Ma « bonne mémoire » à laquelle tu fais allusion me rappelle aussi t'avoir entendue dire un jour que tu voulais tout.
Alors je t'invite à ne pas renoncer à ce tout.
Bien sûr, l'obstacle majeur entre toi et la réalisation de ce désir, c'est justement ce que tu as écrit : « ... la croyance qu'il ne peut pas m'être donné d'être pleinement comblée à la fois par la compagnie d'un homme aimant et respectueux, la venue d'enfants et une vie saine et sereine dans la nature ».
Or cette croyance que tu distingues de ton choix est bien ton choix le plus profond, et elle est perçue en tant que tel par l'Univers, et continuera à l'être jusqu'à ce que tu y renonces.
Peut-être portes-tu le poids d'une culpabilité qui t'empêche d'être pleinement heureuse. Peut-être est-ce un désir déguisé de ne pas t'engager, qui trouve sa source dans une déception, ou un abandon passé.
Quelle que soit la raison de cette croyance, tu reconnais qu'elle est bien là.
Mais il ne faut pas en avoir peur, il ne faut pas la prendre pour une fatalité, car elle est bien née un jour et n'a pas toujours été là.
Cette croyance vient sans doute d'un vécu passé que tu as peur de contredire.
C'est à toi de choisir entre « avoir raison » et « être heureuse ».
Tu es assez intelligente pour ne pas que j'aie à t'expliquer ce dilemme auquel nous faisons face souvent.
Tu as écrit aussi : « Aujourd'hui, jour de mon anniversaire, se fait bien sûr sentir la tristesse de ne pas être accompagnée d'un homme aimant dans ma vie, mais c'est mon chemin, ma vie. »
Attention E., l'affirmation : « c'est mon chemin, ma vie » est très dangereuse, car elle sonne comme une loi incontournable que tu édictes, que ton subconscient enregistre et que l'Univers ne pourra de ce fait pas démentir.
Je continue à te lire : « L'ombre qui subsiste surtout est vis-à-vis de mon fils que j'ai choisi d'accueillir sans la présence de son papa et je culpabilise de ce manque pour lui. Alors bien sûr je sais que son âme a son histoire et que notre rencontre n'est pas le fruit du hasard, et que des hommes peuvent prendre place dans sa vie pour lui permettre de se construire et être en lien avec du masculin, mais je ne suis pas sereine de ne pas lui avoir offert les meilleures conditions d'accueil... »
Tu dis être consciente que son âme a une histoire, et malgré cela tu te tiens responsable de ne pas lui avoir offert les meilleures conditions…
Mais dans ce cas, tu ne fais que jouer le rôle qu'il t'a assigné dans son scénario de vie et, si tu ne peux changer les péripéties extérieures (tout est possible pourtant, ne l'oublie jamais !) et n'en es par conséquent pas responsable, tu es par contre responsable de l'état d'esprit dans lequel tu joues ce rôle.
Ta culpabilité est un très mauvais cadeau que tu fais à ton fils (j'espère que tu ne vas pas culpabiliser à cause de ce que je te dis maintenant !), car il la perçoit, et elle lui fait bien plus de mal que l'absence de figure masculine. Celle-ci, il en rencontrera, mais ta culpabilité s'imprimera en lui, et il se sentira lui-même coupable de t'avoir rendue malheureuse par son arrivée.
Tu te rends compte ? Un chassé-croisé de culpabilités qu'il y a lieu de faire cesser au plus vite. Et tu es la seule qui en soit capable dans le duo que vous formez.
Et puis, qui a le droit d'affirmer que les vérités mises au jour par les psychanalystes sur la composition de la cellule familiale sont éternelles ? L'Humanité évolue.
Par contre, il y a des lois qui, elles, sont éternelles, et le fait d'entretenir des pensées positives en est une pour la construction d'une personne heureuse.
Il ne dépend que de toi d'accepter pleinement, comme n'étant point le fruit du hasard, le fait que, jusqu'à nouvel ordre, tu vives avec ton fils en l'absence d'une figure masculine. As-tu pensé que ton fils n'a peut-être pas envie de te partager encore avec un autre homme ?
Sois heureuse, tu attireras encore plus de bonheur.
N.